Et si votre box WiFi était déjà un capteur de présence, à votre insu ? Présentée à SecSea 2026, cette note d’expérimentation explore la détection de présence par CSI WiFi : lire les perturbations fines que le corps humain impose au signal radio ambiant pour déduire un mouvement, une présence, parfois une respiration. Avec un simple microcontrôleur. Le sujet n’est pas « voir à travers les murs », c’est extraire un signal exploitable d’un environnement radio instable, et la nuance change tout.

Cinquième volet de notre couverture de SecSea 2026. Un sujet dual, utile et intrusif à la fois.

Du RSSI au CSI : changer la nature du signal

La puissance reçue d’un signal WiFi (le RSSI) varie quand on bouge dans une pièce, mais c’est une mesure trop grossière pour une détection fine. Le CSI (information d’état du canal) change la donne : au lieu d’une seule puissance globale, il donne accès à l’amplitude et à la phase de chaque sous-porteuse WiFi. Cette granularité rend lisibles des perturbations ténues : le passage d’une personne, de petits mouvements, une présence quasi statique.

Le mécanisme physique est subtil : on ne « voit » pas le corps, on observe les modifications qu’il impose au canal radio. Les ondes rebondissent sur les murs, les meubles et les corps, et arrivent au récepteur par de multiples trajets. L’intervenant insiste sur un détail de traitement du signal, le calcul correct de la phase, sans lequel l’information de micro-mouvement est tout simplement détruite.

Le compromis du matériel

Les plateformes historiques existent mais sont lourdes à mettre en œuvre. Les microcontrôleurs grand public, eux, rendent l’expérimentation accessible pour quelques euros, au prix de limites réelles de débit, de synchronisation, de précision et de stabilité. La puce ne fournit pas toujours les trames assez vite quand elle calcule en même temps, et la qualité du signal dépend du trafic WiFi disponible : plus il y a de flux sur le réseau, plus l’observation est riche.

Le système n’est pas invariant. Entre la puce, le téléphone, la box et le canal utilisé, les données changent. Une solution qui marche dans une configuration se dégrade dès qu’un élément bouge. C’est la fragilité centrale de cette chaîne de mesure.

Le vrai piège : apprendre le lieu plutôt que la présence

La démarche va de la visualisation des trames à une détection binaire (mouvement ou non), par des méthodes statistiques simples, avant d’essayer des réseaux de neurones pour classer des activités plus fines. Et c’est là que l’intervenant pose le risque méthodologique majeur, avec une lucidité qu’on apprécie : sans un jeu de données propre, varié et validé hors de son contexte initial, le réseau apprend les artefacts du lieu, du canal, de la box ou du capteur, pas une signature générale de présence humaine.

Autrement dit, le modèle peut sembler marcher parfaitement dans la pièce où il a été entraîné, et s’effondrer ailleurs. C’est le piège classique de tout projet d’IA appliquée : confondre « ça marche ici » avec « ça marche ».

L’usage et son revers

Les cas d’usage sont séduisants : domotique (couper le chauffage ou l’éclairage d’une pièce vide), détection d’intrusion, maintien à domicile. La valeur est claire, capter une présence sans caméra et sans capteur porté. Mais le revers l’est tout autant : le WiFi CSI peut devenir un capteur de présence invisible. Un dispositif capable de déduire présence, mouvement ou respiration à partir du réseau ambiant est utile en santé, intrusif en surveillance passive. La technologie est duale, et la question n’est pas seulement technique, elle est de gouvernance et de consentement.

Ce qu’on en retient chez Humanix

  • Votre infrastructure WiFi est une source de données que vous ne mesurez pas. Le même réseau qui connecte vos postes porte, dans ses variations, des informations sur l’occupation de vos locaux. Ce n’est pas une menace immédiate, c’est un angle mort à connaître.
  • Un modèle d’IA qui marche dans une pièce ne marche pas forcément. La leçon dépasse le WiFi : tout projet d’apprentissage doit être validé hors de son contexte d’entraînement, sous peine d’apprendre le décor au lieu du phénomène.
  • La dualité d’usage impose une gouvernance. Une technologie de détection sans capteur visible pose des questions de consentement qu’aucune performance technique ne tranche. Pour une entreprise, c’est un sujet à cadrer avant de déployer, pas après.
  • Comprendre une technologie émergente avant qu’elle ne vous concerne fait partie de notre métier. La preuve avant le verdict.

À retenir

  • Le CSI WiFi donne l’amplitude et la phase de chaque sous-porteuse, assez pour détecter présence, mouvement, parfois respiration, à partir des perturbations du canal radio.
  • Des microcontrôleurs à quelques euros rendent l’expérimentation accessible, au prix d’une forte dépendance au matériel, au canal et au trafic réseau.
  • Le risque central : un modèle d’IA qui apprend les artefacts du lieu plutôt qu’une signature générale de présence. La validation hors contexte est indispensable.
  • Technologie duale : utile en domotique et en santé, intrusive en surveillance passive. Un capteur de présence invisible pose une question de consentement.

Note. Compte-rendu, à visée pédagogique, d’une note de synthèse présentée à SecSea 2026 sur la détection de présence par CSI WiFi. Il s’agit d’un prototype expérimental dont l’intervenant soulignait lui-même qu’il démontre la faisabilité, pas la robustesse. Cinquième volet de notre couverture de l’événement. Une question sur ce que votre infrastructure sans fil expose ? Contactez-nous.